J’ai assisté aujourd’hui à deux conférences organisées par l’association Via Patrimoine, qui regroupe 150 collectivités de Charente. Le thème de leur université d’été est "Sorciers, sorcières, sorcellerie, du XVème à nos jours".
Voici mes notes prises sur la conférence d’Anne-Marie Cocula (université Montaigne, Bordeaux)
1420 / 1700 : âge d’or de la sorcellerie
France : population européenne au 16ème siècle : culmine à 60 millions d’habitants : Europe à faible densité, habitant à la campagne. Londres, Naples : grandes villes : 200 000 habitants. Nature forestière omniprésente. Ce qui est important, l’habitat rural.
La paroisse. Tout le monde se connaît dans cette petite structure : tout intrus est forcément tout de suite repéré. On s’interroge et on s’inquiète sur tous les marginaux, ceux qui changent d’opinion. Rumeurs, déformations : support des accusations, dénonciations... vengeances entre familles...
Les personnes vivent sous une triple domination :
de l’Église, symbolisée par l’église, le cimetière et la « fabrique » (surveillance des fidèles). Domination religieuse.
Seigneuriale. Tous bourgs, hameaux, appartiennent à des seigneurs. Justice déléguée par le roi : ils peuvent faire des procès. Justice locale qui peut rentrer en instruction. Basse, moyenne et haute justice. Fiscalité, droits, impôts... Les « gens » du seigneurs épient, observent, jouent un rôle important dans la circulation des rumeurs. Dépend de la possession de la terre : tenanciers propriétaires, ou métayers, ou journaliers. Les femmes, notamment les femmes seules, les veuves : état de quasi-mendicité qui les marginalisent. Artisanat de gens de métiers : forgerons, menuisiers : auxiliaires des travaux de la terre et savoir faire important / bois et au fer : les désigne comme coupables potentiels, ou victimes.
domination masculine au sein des foyers et des ménages. Orgines militaires, économiques. Infériorité des femmes est juridiquement codifié. Désigne épouses, mères, filles comme des cibles des rancœurs, des vengeances...
Crises de ces temps :
les guerres
crises climatiques : signes du ciel / courroux de Dieu. Appel à des processions, cérémonies religieuses. 1400 - 1680 âge moderne : « petit âge glaciaire » : abaissement de la température générale de 1°. Crises agricoles. cf. Jean Baudin « et tout ainsi que Dieu envoie les pestes et famines... » . Importances apportées aux signes : vague des astrologues. Michel de Notre Dame : Nostradamus : conseiller de Catherine de Médicis. Annonce répétée par la diffusion de l’imprimerie, de la fin des temps avec une double vision, optimiste et pessimiste (Luther : il n’y aura plus d’animaux carnassiers, …)
Satan apparu tardivement : au 6ème siècle en Égypte. Pas très présent dans le haut Moyen-Âge. Première grande explosion diabolique : 10-12ème siècle, qu’on voit dans les églises romanes. cf. Jacques Le Goff : invention du purgatoire : 13ème siècle : quête du paradis par le biais d’un séjour plus ou moins long au purgatoire : ressource/ quête bien et mal.
Première vague des procès liés à la sorcellerie : début du 14ème s. Grand moment : peste noire (peste pulmonaire) : 1348 – 1350 : le tiers de la population de l’Europe va disparaître, dans certains lieux la moitié de la population, des villages, des familles entières décimées. 15ème 16ème siècle envahit la culture populaire, la culture des élites et la culture des gens d’église. Luther : en Saxe : dans sa chambre : tâche d’encre de l’encrier qu’il aurait jeté à la tête du Diable qui lui serait apparut. Calvin : condamne toutes les cérémonies de superstition (traité contre les reliques) folie pour l’homme que d’aller seul au combat contre le Diable. Interdit les feux de la Saint Jean à Genève comme pure sorcellerie. Ambroise Paré : deux chapitres sur les illusions diaboliques. Enjeu de taille : conditionne le salut des humains !

Il faut trouver des agents de Satan, des intermédiaires. Jean Delumeau : convergence chronologique à partir de mi - 15ème s. avec les menaces qui entourent l’Europe : les Turcs à Constantinople, l’Espagne achève la Reconquista. Juifs persécutés à cette époque en Europe : expulsé d’Espagne en 1492, enfermé dans le premier ghetto d’Europe : Venise en 1507 (Rome après). Menaces périphériques et menaces proches : femmes : mise en accusation ancienne liée à la maternité : Vigny « la femme enfant malade et 12 fois impure ». Culte aux déesses mères et mangeuses d’enfant : Médée, Kali en Inde... Jean Delumeau : « la caverne sexuelle est devenue la fosse visqueuse de l’enfer ».
Dévotion à la Vierge : dévotion pendant la Renaissance : ne calme pas le jeu : exaltation de sa virginité. Éléments fondateurs d’une mysoginie permanente, qui trouve des relais avec les médecins : Ambroise Paré et Laurent Joubert (médecin Georges 3) : « le mâle est plus digne et excellent que la femelle ». Femelle : « mâle mutilé et imparfait »
Montaigne : ne croit pas à ces épisodes de sorcellerie. Pierre de Langre lui y croyait.

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