Notre civilisation industrielle s’est développée sur un mode de production qui se révèle aujourd’hui incompatible avec la santé des êtres humains et la durabilité de notre planète. Plusieurs études scientifiques montrent qu’il existe un lien entre de nombreuses maladies humaines et la détérioration de notre environnement. Pollution, gaz à effet de serre, harcèlement au rendement, rythmes de travail accélérés, pression scolaire sont à l’origine de nombreux maux physiques et psychiques.
Face à ce constat qu’il devient difficile de ne pas reconnaître, les réponses politiques sont diverses. Il est cependant possible de les classer en deux grandes catégories : celles qui souhaiteraient s’attaquer à la racine du mal en proposant des alternatives de production, de consommation, de modes de vie, en agissant sur un registre préventif, et celles qui proposent d’atténuer, compenser et réparer les conséquences néfastes de nos productions industrielles.
Les questions écologiques peuvent se décliner sur les deux modes. Croissance verte et parfois même développement durable se conjuguent plus facilement sur le deuxième registre. C’est ainsi que les lobbies de l’énergie investissent leurs espoirs dans le stockage géologique du CO2 pour limiter les émissions de gaz à effet de serre.
Quelle aubaine pour l’économie de se refaire une « santé » en faisant de la réparation un levier d’innovation au service de la croissance. Mais si de tels procédés techniques sont loin de présenter une réelle efficacité, ils constituent également pour les hommes un risque d’enfermement dans des solutions très provisoires qui n’agissent que sur les symptômes du mal et non sur leurs causes.
On peut classer dans la même logique tous les conditionnements de produits toxiques, comme par exemple l’encapsulage de pesticides, qui, réduisant la toxicité des produits, sont considérés comme de l’innovation au service du développement durable ! Dans la même logique d’atténuation du mal et non de son éradication, les législateurs européens se lancent dans des exercices d’équilibristes en produisant des directives qui interdisent la commercialisation de produits toxiques tout en autorisant des usines à les fabriquer ou à les conditionner.
Car il peut malheureusement être rentable de développer une économie de la réparation : un incinérateur, par exemple, ne peut fonctionner qu’avec une certaine quantité de déchets, ce qui n’incite pas à réduire à la source la production de ces déchets.
Lorsqu’on propose de détruire des zones naturelles pour en faire des autoroutes ferroviaires au lieu d’aménager une voie existante au transport combiné, on continue à construire des infrastructures au service d’un aménagement du territoire dont on subit pourtant lés conséquences négatives. De telles décisions, aujourd’hui, sont révélatrices des intentions politiques et des développements économiques de demain.
Ainsi se développent deux visions de l’écologie, une plus politique qui consisterait à repenser l’aménagement de nos territoires et à développer une économie qui diminuerait de manière drastique la quantité de marchandises transportées dans le monde, qui mettrait l’innovation au service d’alternatives de civilisation, et une autre qui fait de l’écologie une nouvelle économie tirant profit des réparations rendues nécessaires par la nature nocive de ses propres productions.
Il nous faut aujourd’hui dénoncer cette imposture écologique, car, à vouloir tirer profit de l’économie de la réparation, celle-ci pourrait très vite se transformer en économie de l’irréparable.
Martine ALCORTA maître de conférence Bordeaux 2 et candidate Europe écologie
Sud Ouest 14/08/2009
Tribune libre

Répondre à cet article