Madeleine Labie

Conseillère Municipale Verte d’Angoulême,
Déléguée à la COMAGA


Madeleine Labie

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Pierre Radanne, écolo de Lille à Copenhague

mercredi 3 mars 2010

Mots-clés : Les Verts

« En 1973, je suis devenu permanent des Amis de la Terre. Tout mon itinéraire personnel vient de là. »

Dans l’histoire du mouvement écolo lillois, Pierre Radanne est une figure. Il est de tous les combats dans les années 70 avec les Amis de la Terre, avant de fonder la Maison de la nature et de l’environnement. Son engagement prendra ensuite une dimension nationale : il crée « Futur Facteur 4 » son propre bureau d’études et de consulting spécialisé dans l’environnement. Et même internationale lors des négociations de Kyoto et de Copenhague.


Parlez-nous de votre enfance...

Je suis né dans le bruit des tracteurs. Mon père était marchand de machines agricoles.

Après guerre, on est entré dans une phase de mécanisation de l’agriculture grâce à la reconversion de l’industrie de l’armement. J’ai beaucoup été marqué par l’enthousiasme du modernisme dans le monde agricole. Aujourd’hui, on a oublié la rapidité et la violence avec lesquelles le monde rural a changé. La modernisation devait apporter de meilleures conditions de vie. Je me souviens d’une discussion avec ma mère sur le chemin du marché. J’avais 8 ans et je n’étais pas très content de devoir aller en pension à la grande ville. Ma mère m’a dit : « Tu ne resteras pas au village, tu seras le premier de la famille à passer ton bac, tu auras un métier qu’on n’imagine même pas, tu ne connaîtras pas la faim, tu ne porteras pas les armes, tu vivras plus longtemps en meilleure santé... » Ce discours m’a marqué, j’ai vu mon chemin tout tracé.

En 1968, vous aviez 18 ans. Comment avez-vous vécu cet épisode de l’Histoire ?

De loin, à la radio. Je n’ai pas fait de manifestations. Mais j’ai senti tout de suite la puissance de ce moment. Mon père était un bavard impénitent, passionné par la politique et l’Histoire. C’est de lui que m’est venue la passion d’écouter mon époque.

Comment êtes-vous arrivé à Lille au début des années 70 ?

Je me suis retrouvé en conflit avec mes parents. J’ai laissé tomber la fac pour aller à l’usine et j’ai décidé de m’éloigner de Rouen. J’ai fait plein de petits boulots. Quand je suis arrivé à Lille, l’évolution de mon parcours personnel m’avait fait basculer. J’avais lu beaucoup, j’avais digéré les difficultés vers lesquelles menait la société de consommation et intégré ce que serait le mouvement écolo. Fin 1971, avec quelques copains, on a fondé le deuxième groupe des Amis de la Terre à Lille, avec Alain Vilain, Dominique Plancke, Ginette Verbrugghe... C’était le local du 51 rue de Gand. Sur Lille, ce qui m’intéressait, c’était le débat entre la réflexion prophétique sur l’écologie et les difficultés économiques de la région. À un moment où les autorités locales étaient complètement étanches à nos discours.

En 1973, je suis devenu permanent des Amis de la Terre. Tout mon itinéraire personnel vient de là.

N’y a-t-il jamais eu de tentation politique ?

La seule fois où j’ai été candidat à une élection, c’est aux municipales de 1977. Le projet de finir le périphérique dans le bois de la Deûle avait provoqué une levée de boucliers. Pendant la campagne, je suis allé voir Pierre Mauroy qui nous avait pris en sympathie. On s’est désisté (après 6,5 % au premier tour).

Comment est née la Maison de la nature et de l’environnement dont vous avez été le président ? Et qu’a-t-elle apporté à Lille ?

On a obtenu un « 55 pièces cuisine » où on voulait faire, pour les associations, l’équivalent de la Bourse du travail. C’est devenu la Maison de la nature et de l’environnement, la MNE. À l’époque, le mouvement associatif était presque clochardisé. Ce regroupement lui a donné une capacité d’influence, d’initiative et de travail. Avant, le Nord - Pas-de-Calais était à la traîne. La MNE a tout fait basculer. C’était la plus grosse structure de France et une pépinière : j’ai embauché Guy Hascouët, Marie-Christine Blandin est passée par là aussi.

En 1982, vous êtes devenu directeur régional de l’Agence française de maîtrise de l’énergie, ancêtre de l’ADEME. Pourquoi ?

Après le choc pétrolier, il fallait mettre en place des propositions publiques, ça a été une période extrêmement utile. La cohabitation de 1986 a été un nouveau basculement dans ma vie. Je quitte l’appareil d’État pour créer un bureau d’études à Paris. La question climatique ? Elle arrive en 1985 avec un rapport de glaciologues. J’ai vite pris conscience de la gravité de l’affaire.

Réchauffement climatique

En 1997, vous ne restez qu’une année au cabinet de Dominique Voynet. Déçu par la politique ?

Avant l’élection, du côté des Verts, j’ai négocié avec le PS la partie environnement énergie. Dominique Voynet m’a donc demandé de mettre la machine en route.

Mais le poste de président de l’ADEME est ensuite devenu vacant, je n’ai pas choisi... Je prends plus de plaisir dans la réalisation. L’ADEME, c’est 20 000 projets par an ! Alors que dans un cabinet, c’est le rapport de forces permanent. C’est l’époque des négociations de Kyoto.

J’étais le seul qui connaissait bien cette affaire de réchauffement climatique. Je suis resté au cabinet de Dominique Voynet pour être le responsable de la délégation française à Kyoto. En 2001, j’ai demandé une mission pour réfléchir à la stratégie de la France en matière climatique. J’ai rédigé le rapport Facteur 4 qui préconise la division par quatre des émissions de gaz à effet de serre. Ça a été très mal accueilli par l’administration, mais en 2005, c’est devenu une loi et la France a été le premier pays à voter la réduction de ses émissions par quatre à l’horizon 2050.

« Il faut sortir les gens de l’angoisse et les accompagner dans l’action »

Comment passer, dans notre vie quotidienne, de l’inquiétude créée par la question du réchauffement climatique à l’action ? Pierre Radanne développe ici sa méthode. Quels sont vos gestes écolos au quotidien ?

J’ai une vie assez sobre. Je suis très attentif au recyclage et à modérer mon chauffage. Je ne suis pas attiré par le luxe. Le luxe m’a toujours mis mal à l’aise. Plus je vois la pauvreté, notamment en Afrique, et plus ce malaise grandit.

Comment sensibiliser au problème du réchauffement sans culpabiliser les gens ?

J’ai consulté des psys là-dessus. Parce qu’il y a un paradoxe : chacun sait que ce problème est grave, que ce problème existe mais, en même temps, la compréhension que ce problème existe ne signifie pas passage à l’action. Donc il y a un vrai problème. Les psys expliquent cela de façon très claire : comme ces questions de climat sont quand même de mauvaises nouvelles, si on insiste dessus, la sensibilisation conduit à l’angoisse. Et l’angoisse, c’est l’inverse de l’action. Et donc il faut mettre en place tout un protocole pour sortir les gens de l’angoisse et les accompagner dans l’action. Et cela passe par la démocratie de proximité, par les collectivités locales. Car si la phase de sensibilisation est aujourd’hui acquise, le passage à l’action, lui, n’est pas acquis.

Comment faire évoluer les choses ?

Il y a, à mes yeux, en tout huit étapes à franchir. Il faut tout d’abord que les gens sentent autour d’eux que l’ensemble des responsables (collectivités, entreprises...) s’impliquent dans le sujet. Ensuite, il faut des explications rationnelles. Les événements climatiques spectaculaires frappent, sensibilisent, angoissent mais cela ne suffit pas pour passer à l’action. Il faut une vraie pédagogie. Troisième étape : chacun a besoin de comprendre comment, dans sa vie, se passent ces choses-là. Une famille française moyenne, c’est 17 tonnes de CO2 émises par an. Les gens ont besoin de comprendre d’où viennent ces 17 tonnes. Quatrièmement, il faut avoir une vision globale des solutions possibles pour l’ensemble de la société : les technologies, l’organisation, les comportements à développer. Étape suivante : il faut voir des réalisations exemplaires. Il faut qu’il y ait des supports à l’imagination qui montrent ce que serait une société faiblement émettrice de gaz à effet de serre. On a également besoin d’un scénario collectif de long terme. Les objectifs européens et internationaux, ce sont des petits cailloux blancs. On voit que c’est une affaire qui va prendre un demi-siècle à résoudre. On ne va pas faire le truc en cinq minutes. Pour canaliser l’angoisse, il faut aussi avoir des repères, comprendre les différentes étapes. Et puis, autre point : il faut que chacun puisse voir quels seront les co-bénéfices de cette lutte contre le changement climatique. Comme le prix de l’énergie va aller croissant, économiser de l’énergie est bon pour l’économie. Et donc ces affaires-là, c’est bon pour l’emploi. Dernière question, c’est la question de l’équité. Si les gens ont le sentiment que cela va être coûteux pour eux et notamment dans les couches modestes, ils vont être contre la prise en charge du sujet. Pour que les gens passent à l’action, il faut qu’ils aient le sentiment qu’on va peut-être leur demander des efforts mais qu’en contrepartie, on va les aider à la prise en charge du sujet.

Nord Eclair
PROPOS RECUEILLIS PAR ERWAN GUEHO et VIOLAINE MAGNE
Publié le samedi 20 février 2010

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