Les Verts sont depuis longtemps favorables à l’utilisation de la biomasse comme source d’énergie renouvelable. Ils ont notamment été à l’initiative de la directive européenne qui prévoit l’incorporation de 5,75 % de carburants issus de la biomasse dans les carburants fossiles d’ici 2010. Mais ils entendaient par là des carburants issus de la fermentation et gazéification de déchets, domestiques, urbains (comme ce qui est fait à Lille ou à Montpellier) ou agricoles, ou l’autoconsommation (dans les tracteurs) des huiles végétales pures produites à la ferme.
Mais le développement actuel des carburants issus de la biomasse se fait essentiellement, (malgré les réserves de plus en plus fréquentes sur leurs bilans énergétique et d’émission de GES), par des cultures industrielles spécifiquement destinées à la production de carburant (colza, tournesol, soja ou palmier pour leur huile en substitution au diesel, blé, betterave, maïs ou canne à sucre pour l’éthanol en substitut à l’essence), vastes monocultures, souvent d’OGM, dans le Tiers-monde, occupant ainsi des terres au détriment de la production d’aliments, et détruisant toujours plus d’espaces naturels, dégradant les sols, détruisant la ressource en eau (captée pour l’arrosage et contaminée par les produits agrochimiques), la biodiversité et les conditions de vie et de travail des hommes et des femmes qui vivent dans ces espaces.
Alors que tous les jours, 100 000 personnes meurent de la faim ou de ses conséquences immédiates, alors que les terres agricoles en Afrique reculent et laissent la place au désert, alors les prix du maïs au Mexique a quadruplé en 2 ans, (Jean Ziegler rappelle aussi, dans son rapport pour le Droit à l’alimentation devant l’Onu, qu’il faut 232 kilos de maïs pour faire un plein de 50 litres, c’est la quantité nécessaire pour nourrir un enfant zambien ou mexicain pendant un an…), alors que le prix du riz et du blé viennent de doubler en un an (quand 38 sur 53 des pays africains doivent importer de la nourriture pour combler leur besoins), il est urgent de stopper le développement de ces cultures qui n’ont pour vocation que d’alimenter les réservoirs des autos des pays riches.
Par une motion au Parti Vert européen, les Verts français ont alerté nos camarades des autres partis Verts d’Europe. A l’initiative de Verts français, des débats publics ont eu lieu, au Parlement européen et aux Journées d’été. Les Verts au Parlement européen en ont débattu lors de leur journées de rentrée à Prague. Le prochain congrès des Verts mondiaux, à Sao Paulo, en débattra également.
Aujourd’hui, les objectifs européens (5,75% en 2012, puis 10% en 2020) et français (7% en 2010 et 10% en 2015) d’incorporation de carburants issus de la biomasse sont insoutenables : en l’absence d’un développement suffisant de la fermentation-gazéification des déchets, les surfaces qu’il faudrait leur consacrer en Europe sont indispensables à la production alimentaire, quand la remise en culture des jachères en Europe ne parvient pas à contenir la hausse des prix du grain et que les stocks mondiaux diminuent (6 mois pour le blé, 2 mois seulement pour le riz !). La réalisation de ces objectif reviendrait donc à accroître la pression sur les agrocarburants issus du Tiers-monde.
Pourtant, le Grenelle de l’environnement, en France a évacué la question du moratoire sur les agrocarburants réclamé par les ONG et les Verts. La politique fiscale nationale en faveur des agrocarburants n’est pas remise en cause. Seule une « expertise » de leur bilan écologique et énergétique est retenue. Aujourd’hui, les aides aux agrocarburants, en France et en Europe, sont multiples. Aides européennes à l’hectare (par la PAC), et en France, aides fiscales aux producteurs, mais aussi relais d’aides européennes aux installations. Et cet automne fleurissent les publicités pour le « biocarburant » E85.
Les Verts :
Dénoncent l’engagement de la France dans la filière des cultures à
vocation carburants et :
*S’opposeront à ce que la France et l’Union européenne importent ces
carburants du Tiers-monde
*S’opposeront, à l’Assemblée nationale, aux incitations fiscales et
autres aides à la filière agrocarburants
*Refuseront, dans les régions et autres collectivités, de financer
les installations de transformation et distribution d’agrocarburants
*Individuellement, boycotteront les agrocarburants à la pompe (E85,
diesel « verdi à l’huile de colza ou de tournesol)
Au contraire, les Verts, favorables au développement des énergies
renouvelables, sont pour des aides publiques à la recherche et aux
installations de fermentation-gazéification de la biomasse provenant
des déchets domestiques, urbains et agricoles, et encourageront ces
développements dans les instances où ils sont élus.
Concernant les huiles végétales pures produite à la ferme, s’il est
légitime de laisser leurs producteurs les utiliser sur les
exploitations agricoles, le principe de leur commercialisation en
circuit court et dans les flottes captives des collectivités fera
l’objet d’une évaluation et d’un nouveau débat.
En complément, conscients que le problème de la faim dans le monde
ne réside pas seulement dans la production et la consommation
d’agrocarburants, mais plus largement dans l’accroissement de la
consommation de viande par les plus riches et les pays émergents, les
Verts prendront, dans la perspective d’une plus grande solidarité
avec les habitants du Sud, l’initiative d’un grand débat sur les
nécessaires changements de nos habitudes alimentaires.
Texte que je soutiens et qui sera adopté j’espère par le Parlement des Verts fin novembre.

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