Madeleine Labie

Conseillère Municipale d’Angoulême
Déléguée au Grand Angoulême


Madeleine Labie

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Le mammouth du déni climatique rameute le CAC 40

vendredi 2 juillet 2010

Médiapart révèle dans son édition de mardi 29 juin l’offensive de Claude Allègre pour attirer les patrons du CAC40 et des personnalités dans sa Fondation « Ecologie d’avenir ». Réseaux Allègre contre réseaux anti-Allègre, la bataille promet d’être rude.

http://www.mediapart.fr/journal/economie/280610/claude-allegre-lance-sa-fondation-avec-des-poids-lourds-du-cac-40-et-des-per

S’est-on tous plantés en beauté ? Nous, les journalistes, qui aimons à penser qu’en France, le lobby climatosceptique n’émane pas d’entreprises, mais seulement de personnalités isolées. Difficile en effet de trouver un discours sceptique chez les grands patrons français, même si, souligne Jade Lindgaard dans les colonnes de Médiapart hier, Bernard Arnault (LVMH) a fait distribuer l’an dernier aux membres de son comité exécutif un exemplaire du bouquin « CO2, le mythe planétaire » signé de l’ancien M. Sécurité routière et haut responsable de l’Association française des automobilistes, Christian Gérondeau.

L’enquête de Médiapart est formidable. De celles qui vous mettent le chantier dans un raisonnement bien rodé. Jade Lindgaard s’est plongée dans les grandes manœuvres du mammouth du refroidissement climatique, qui cherche à attirer des grands patrons du CAC 40 dans sa fondation « Ecologie d’avenir ». Un « machin » qui veut vanter une autre écologie —basée sur le mirage technologique et la croissance—, et rapprocher le monde scientifique de celui de l’entreprise. De quoi séduire, donc les géants du business français. Sont déjà membres Alstom (membre de la fondation de Nicolas Hulot, bonjour le grand écart), et Limagrain, le géant de la semence. Mais GDF-Suez pourrait, selon Médiapart, se joindre à l’aventure, de même qu’Axa… D’autres ont refusé, comme Total, Bolloré et même Pernod-Ricard, dont Allègre est pourtant le directeur scientifique.

L’armée d’Allègre. Le plus célèbre des climato-négateurs français cherche aussi à ratisser chez les personnalités : Luc Ferry, le Nobel Albert Fert et l’économiste Jean-Paul Fitoussi auraient donné leur accord. Tout comme Daniel Laurent, conseiller scientifique de l’Institut Montaigne, « think tank chic de la droite libérale » pour reprendre les mots de Médiapart mardi. Allègre a également recruté le démographe Hervé Le Bras. Ce qui ne m’étonne pas. Je l’ai croisé par hasard au printemps dans un pince-fesses, et nous avons —entre autres— discuté de climat et du bouquin d’Allègre. Le Bras, que j’ai un peu côtoyé à Libé dont il faisait les analyses électorales, m’a paru séduit par le discours de l’ex-scientifique. J’ai eu beau lui expliquer combien le volet « climat » de « l’Imposture climatique » est une pure escroquerie intellectuelle, un must de la manipulation et du mensonge, je n’ai visiblement pas convaincu mon interlocuteur, qui a fini par tourner les talons. Et selon Médiapart, c’est bien la position d’Allègre sur le climat qui a convaincu Le Bras de s’enrôler dans l’armée des mammouths.

Mercredi, dans une tribune publiée par Actu-Environnement, Corinne Lepage n’y va pas avec le dos de la cuiller. Elle laisse entendre que la création d’une fondation par Allègre pourrait être une manière pour les entreprises de financer gratuitement —Les dons aux fondations font l’objet d’avantages fiscaux— un gigantesque greenwashing…

Académie, terre d’accueil ? Ancien ministre, ex-scientifique, Allègre dispose de nombreux réseaux. Ils ont d’ailleurs remporté une jolie bataille : L’Académie des sciences, où il compte de nombreux copains, tiendra bien un débat sur le climat le 20 septembre prochain, à la demande de la ministre de la recherche. Mais la discussion se tiendra à l’écart du public et de la presse : à huis clos, on croit rêver ! A noter d’ailleurs que l’ancienne patronne du CNRS, Catherine Bréchignac, qui a largement soutenu Vincent Courtillot (en tous cas, il le crie sur tous les toits), était attendue dans la fondation d’Allègre, mais elle n’ira pas et pour cause. Elle vient d’être élue secrétaire perpétuelle de l’Académie des sciences… Mais Allègre ne s’arrêtera pas en si bon chemin : il a aussi entrepris de mettre sa fondation sous la bannière de l’Institut de France, la vénérable maison qui abrite les cinq académies françaises… Ce qui serait une sacré caution, même s’il y a pas mal de dents qui grincent.

La bonne nouvelle, c’est que la contre-attaque s’organise. Après la réunion de soutien à Politis organisée à Paris le 15 juin dernier, les opposants à Allègre ont entrepris de contacter pas mal de « pressentis » de sa fondation pour leur faire comprendre ce qu’ils ont à perdre à s’afficher avec lui. Et mon petit doigt me dit qu’ils auraient obtenus quelque succès. Au fait, elle est où la science du climat dans tout ça ?

© Denis Delbecq

Voir en ligne : Effets de Terre

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