Madeleine Labie

Conseillère Municipale d’Angoulême
Déléguée au Grand Angoulême


Madeleine Labie

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Le combat d’un “dissident nucléaire” bulgare

samedi 17 juillet 2010

Mots-clés : Nucléaire

Il n’est pas iranien, mais bulgare. Le feuilleton du physicien nucléaire Guéorgui Kotev, qui a quitté son pays en 2008, a certainement moins de chance de trouver un écho dans les médias que les tribulations de son collègue Shahram Amiri de Téhéran… Mais ce Bulgare de 45 ans dit être menacé de mort à cause des informations qu’il détient sur la centrale nucléaire de Kozlodouï , sur le Danube, où il a travaillé comme expert pendant dix-sept ans. Il parle de “mafia nucléaire”, de malversations portant sur plusieurs centaines de millions d’euros, d’insécurité et de risques écologiques énormes. Il se considère comme un “dissident nucléaire” alors que ses anciens employeurs parlent de lui comme d’un mythomane, d’un carriériste contrarié qui aurait choisi la confrontation par dépit professionnel. Le 12 juillet, Guéorgui Kotev a planté sa tente devant la Commission européenne à Bruxelles. Il s’est mis ensuite en grève de la faim pour protester contre la mauvaise volonté, selon lui, des autorités européennes à enquêter sur les faits qu’il dénonce. Quatre jours plus tard, il a été délogé par la police.

Depuis deux ans, dans son blog comme dans ses nombreux témoignages vidéo, Guéorgui Kotev met en cause la qualité du combustible utilisé à partir de 2004 par la centrale nucléaire bulgare. Selon le physicien nucléaire, plutôt que d’acheter le combustible nucléaire habituel, les responsables de Kozlodouï auraient opté dans le plus grand secret pour une version recyclée de l’uranium, moins chère mais présentant de nombreuses inconnues et, de ce fait, plus dangereuse pour l’exploitation. Au passage, ils empocheraient jusqu’à 50 millions d’euros de bénéfices par an, un argent selon lui détourné par la “mafia de l’énergie nucléaire”. Selon l’expert ce combustible serait obtenu en Russie selon un procédé inédit, dit de “second enrichissement”, qui utiliserait de l’uranium recyclé en provenance de centrales nucléaires occidentales. “Ainsi nous servons de cobayes pour les expérimentations nucléaires des Russes”, dénonce Kotev. Ces accusations viennent s’ajouter à la réputation déjà sulfureuse de la centrale nucléaire bulgare qui a dû fermer depuis 1993 quatre de ses six réacteurs sous la pression de l’UE qui ne voulait pas d’un “second Tchernobyl” sur les rives du Danube.

Malgré sa ténacité, le combat du physicien nucléaire bulgare est resté confidentiel. Peut-être parce que peu comprennent vraiment ce qu’il a à dire, et ce n’est certainement pas les kilomètres de documents en bulgare et en russe qu’il publie sur le Net qui vont changer la donne. Peut-être parce que ces accusations sont, disons, tellement énormes alors que ceux qui l’ont vu en homme sandwich à Bruxelles avec son appel gribouillé en anglais approximatif ont tellement du mal à le prendre au sérieux.

Peut-être aussi parce que côté bulgare son appel a donné lieu à de nombreuses mises au point qui semblent avoir satisfait autant Bruxelles que les institutions internationales compétentes en matière de nucléaire civil. A la Commission européenne, on affirme avoir pris au sérieux les allégations de Kotev, ce qui a donné lieu depuis 2008 à de nombreux échanges entre Bruxelles et les responsables de Kozlodouï. Dans la foulée les Bulgares ont tout de même admis un “changement graduel de combustible depuis 2004″, affirmant que le nouveau ne présentait aucun danger “ni pour la sécurité nucléaire ni pour les travailleurs de la centrale” - des informations confirmées par l’entreprise énergétique russe TVEL qui approvisionne en uranium la centrale bulgare. Un audit indépendant, effectué à la demande des Bulgares par l’entreprise suédoise Studsvik Nuclear AB, a également conclu à la conformité du combustible d’uranium utilisé par Kozlodouï.

Pour des raisons certainement trop compliquées à exposer ici, toutes ces explications n’ont pas satisfait Géorgui Kotev (il évoque notamment la “disparition” de six cassettes de combustible lors des contrôles ou l’absence de documents officiels certifiant la conformité du nouveau combustible). Aujourd’hui, le physicien nucléaire est déçu de ne pas avoir attiré l’attention d’un quelconque responsable bulgare ou européen avec sa grève de la faim de trois jours. Et il se dit déterminé à poursuivre son combat par d’autres moyens : “Mon objectif n’est pas de mourir de faim mais d’obtenir une enquête sur cette affaire”, affirme-t-il depuis Bruxelles. C’est certainement plus raisonnable. A Sofia, il n’est soutenu que par une poignée d’hommes et de femmes regroupés dans l’association “Anna Politkovskaïa”, du nom de cette journaliste russe abattue en 2006 devant son domicile à Moscou à cause de ses écrits dénonçant la répression en Tchétchénie.

17 juillet 2010

Voir en ligne : Voir l’article sur le site du Monde

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