Pendant deux semaines, « La Croix » vous présente chaque jour un projet écologique original. Aujourd’hui, une petite commune tarnaise qui s’est convertie à l’écologie. Elle fait partie de cinq sites témoins choisis par le gouvernement
Ecolo sans le vouloir ? Presque. Gérard Poujade est maire du Séquestre, petite commune (1 670 habitants) du Tarn, aux portes d’Albi, élu depuis 2001. Socialiste, et donc sans l’étiquette « verte » au revers d’une veste qu’il ne porte d’ailleurs pas souvent.
Huit ans plus tard pourtant, Gérard Poujade est devenu l’insatiable militant du développement durable et de toutes les démarches écocitoyennes possibles. Au point de faire du Séquestre l’une des cités les plus écologiques de France, exemplaire terrain de réalisations et d’expériences en la matière.
En 2001, l’environnement n’est pourtant pas au cœur du programme du candidat Poujade. « Nous avons d’abord été élus sur l’idée de mettre en place des comités de consultation, afin d’associer les habitants à la définition d’une politique publique globale pour la commune », raconte l’édile. Une démocratie participative avant l’heure, en somme.
Celle-ci va s’attaquer d’emblée au plan local d’urbanisme (PLU), dont les paramètres sont plus que particuliers. Sur à peine 5 42 hectares, l’espace est pour le moins contraint, avec la présence d’un aérodrome, d’un circuit automobile, de deux échangeurs d’autoroute, alors que la commune connaît un spectaculaire accroissement de population (+ 45 % en dix ans). Une ville devenue "site témoin"
« Ce qui motivait les gens, c’était la question de la qualité de vie plus que les problématiques environnementales, reconnaît Gérard Poujade. Mais progressivement, les deux thèmes sont évidemment apparus liés, et la dimension écologique s’est imposée comme un axe essentiel de notre projet. »
Dès 2002, Le Séquestre est choisi comme « site témoin », aux côtés de quatre autres villes françaises (Évry, Rochefort, Joinville et La Teste-de-Buch), pour promouvoir les principes de la loi « solidarité et renouvellement urbain », dite loi SRU, de décembre 2000 (développement durable, recherche des équilibres, concertation, etc.).
Avec ses premières décisions – mise en place du tri sélectif des ordures en moins de six mois, gouvernance participative, politique s ociale –, l’équipe municipale dessine sans le savoir un projet qui ressemble fort à un Agenda 21. Reste donc, sur le conseil de l’Agence régionale pour l’environnement de Midi-Pyrénées (Arpe), à sauter le pas. Ce sera chose faite à partir de 2004, où Le Séquestre devient la plus petite commune de France à élaborer un Agenda 21.
« En fait, nous sommes devenus précurseurs sans trop le faire exprès, s’amuse Gérard Poujade. Mais nous avons très vite poussé les curseurs à fond et tous azimuts. » Dans le désordre, le développement d’un réseau de vraies pistes cyclables (« pas de simples trottoirs aménagés »), la mise en place de poubelles municipales bicompartimentées, le label éco-école, l’ouverture en 2007 d’une crèche HQE (haute qualité environnementale), une voiture municipale électrique, le développement de récupérateurs d’eau et du compostage, la tarification progressive de l’eau, qui permet pour les faibles consommateurs des factures plus légères et p lus justes, la première installation en France d’une « Betty-Box » ou encore une machine qui rémunère les particuliers en fonction du poids de déchets rapportés.
Un éco-quartier de 22 hectares en projet
Cette sensibilisation permanente de la population provoque parfois des initiatives qui n’émanent pas de la municipalité. Comme le système de ramassage scolaire à pied, appelé « pédibus », né en 2005 et porté par l’association gérant le centre de loisirs. « Passé le premier enthousiasme, ce genre d’initiative parfois périclite. Mais là, la fréquentation du pédibus ne cesse d’augmenter d’une année sur l’autre », se réjouit le maire. La réputation du savoir-faire local finit par dépasser les frontières du département. Communicant hors pair, sachant jouer les modestes et manier l’autodérision, Gérard Poujade ne manque jamais une occasion d’exposer sa politique. On l’invite beaucoup. Il témoigne sans barguigner.
« Dans les premiers temps, on nous regardait avec une certaine condescendance, assure-t-il. Aujourd’hui, on nous visite, on nous sollicite pour des conseils. Il est certain que notre expérience suscite de plus en plus d’intérêt. » Et parfois quelques menues jalousies, sur l’air de : « Encore Le Séquestre ! »
Car l’équipe ne souffle jamais. Dans ses cartons, l’implantation d’ici à 2011 d’une « ferme photovoltaïque » sur le site d’une ancienne carrière. « Nous accueillerons de huit à onze hectares de panneaux solaires sur un site auquel nous envisageons de redonner d’ailleurs sa vocation agricole, avec l’accueil de moutons pour l’entretien et, bien sûr, l’accompagnement d’un parcours pédagogique sur ce type d’énergie », explique Cécile Hestroffer, adjointe à l’environnement.
Mais la grande affaire du Séquestre futur reste la construction d’un éco-quartier sur 22 hectares au centre de la commune. Plus de 600 logements prévus (dont 28 % de logements sociaux) et 80 000 m2 dévolus à l’activité économique, pour créer près de 300 emplois. « Nous n’avons pas les moyens d’être écolos-bobos, souligne Gérard Poujade. Cette ZAC doit être économiquement équilibrée, car sinon nous ne pouvons pas nous la payer. Nous sommes la plus petite commune de France à porter ce type de projet. Si nous le réussissons, cela voudra dire que c’est transférable partout. Un aspect du projet plus que motivant. »
> Jean-Luc FERRE, au Séquestre
La Croix, 07/08/2009

Vos commentaires
# Le 13 avril 2010 à 21:40, par anne-marie
devenue veuve en 2008, je recherche à quitter mon appartement de la banlieue parisienne pour une vie plus tranquille et saine en province - votre projet me touche beaucoup et je souhaiterais savoir dans quelle mesure et conditions je pourrais postuler à l’acquisition d’une maison de 4 pièces - si vous me trouvez audacieuse je m’en excuse d’avance - mais je suis à fond dans tous les mouvements qui comme vous faites pergresser l’éco-système - bravo pour votre audace et votre opiniatreté.
# Le 24 avril 2010 à 15:40, par Madeleine
Bonjour,
Il faut contacter la mairie du Séquestre par courrier ou téléphone :
place Jules Ferry, 81990 LE SEQUESTRE
05 63 54 40 13
bonne chance.
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