Dans un rapport rendu public jeudi 8 juillet, la Cimade décrit l’arbitraire des procédures consulaires françaises des demandes de visa dans six différents pays ainsi que les sentiments d’injustice et d’humiliation que ces pratiques provoquent.
« Qu’ils veuillent gérer les flux migratoires, c’est parfaitement compréhensible, mais rien ne les oblige à traiter les personnes de cette manière, il s’agit d’êtres humains ». Ainsi s’exprime un haut fonctionnaire malien, outré par l’attitude du consulat français de Bamako, devant lequel tous les matins ouvrés une foule se forme pour tenter d’obtenir un visa d’entrée en France.
Le rapport rendu public jeudi 8 juillet par la Cimade, association d’entraide protestante, est un des rares documents récents sur ces pratiques françaises à l’étranger qui passent forcément inaperçues aux yeux de la société française.
Baisse des demandes de visa
L’enquête menée pendant un an auprès de six consulats (Maroc, Algérie, Turquie, Mali, Ukraine, Sénégal) choisis pour le nombre important de visas délivrés.
La demande de visa à la France est en baisse. Sans doute à cause du coût (au Mali, il en faut 220 euros alors que le salaire moyen est de 61 euros mensuel). Un coût qui n’est pas remboursé si le visa est refusé. Ce qui donne l’impression à beaucoup d’étrangers de « se faire arnaquer par la France », que « la France se fait de l’argent sur le dos des pauvres et des malheureux ».
Le rapport parle de « flou procédural », de « dispositif opaque » et « des procédures de délivrance qui varient d’un consulat à l’autre ». L’accès à une information fiable y est difficile et s’approcher d’un agent consulaire pour lui demander la liste des pièces nécessaires à présenter est quasiment impossible.
Refus sans explication
Cet état de fait laisse une impression de non droit aux demandeurs de visa et encourage la corruption et la fraude. A Bamako, tout un réseau d’intermédiaires fournit les services que ne rend pas le consulat : de l’aide à remplir un formulaire jusqu’au prêt de sommes d’argent pour prouver des revenus suffisants. Plus humiliant encore, c’est de n’avoir pas d’explication lorsque le visa est refusé. Un refus pas même notifié, qui se déduit par l’absence de visa sur le passeport.
La Cimade annonce que dans 5 ans l’espace Schengen aura mis en place un fichier contenant les données biométriques de cent millions de demandeurs de visas, obtenus ou refusés. L’association se dit inquiète par la privatisation de procédures qui relevaient jusqu’ici du corps diplomatique. L’externalisation de ces services ôte toute garantie de sécurité. « Comment réagiront les sociétés privées chargées des procédures consulaires quand le pouvoir politique du pays où elles agissent demandera de leur fournir des informations confidentielles ? », observait une des trois personnes présentant le rapport.
Le rapport met en évidence les liens étroits qu’il y a entre ces pratiques et la politique qui vise à décourager tout candidat à immigrer. L’image de la France en sort ternie.
08/07/2010
http://www.secours-catholique.org

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