Premiers panneaux bilingues français-occitan en Charente limousine. La CDC du Confolentais soutient l’opération financièrement. Mais le débat n’est pas clos.

La commune de Charras a joué les précurseurs : elle a des panneaux bilingues depuis 2005. Certaines communes du Confolentais lui emboîtent le pas. Photo P. S.
Depuis 2005, quand vous entrez à Charras, vous entrez aussi à « Charreç ». Demain, de la même manière, vous entrerez à Ançac, Briguelh, Chassanuelh, Chabanès, Espeneda, Estanhac, La Peirusa, Montembùou... Passé Champagne-Mouton, La Rochefoucauld ou Villebois, vous entrez en Charente occitane. Et comme à Charras, cela devrait se voir assez rapidement. Des panneaux bilingues français-occitan sont en effet en voie d’installation ici et là.
A Confolens, il y en a un qui pousse à la roue : Jean-Louis Quériaud, enseignant à la retraite, président du groupe folklorique Lo Gerbo Baudo, et référence locale du parler d’oc. « C’est une vieille idée dont on parle depuis longtemps ici. Comme cela se fait en Bretagne, au Pays basque ou ailleurs, c’est une bonne façon de marquer cette identité linguistique qui nous est chère. »
A la communauté de communes (CDC) du Confolentais, Guy Traumat, le président, suit le dossier de près. « C’est notre histoire, personne ne peut le nier. Installer cette signalisation bilingue, c’est un signe d’appartenance à cette histoire. Nous avons débattu de cette question à la communauté et nous sommes prêts à aider au financement de l’acquisition de ces panneaux. Avec un principe : il faut qu’il y ait uniformité dans tout le secteur. » Mais Guy Traumat le concède : « Le débat n’est pas clos. Et la question ne fait pas l’unanimité. Du côté de Champagne-Mouton, ils se sentent moins concernés. »
« Il y a plus urgent à régler »
A Esse et Saint-Germain-de-Confolens, les élus ont franchi le pas et sont prêts à accueillir leurs premiers panneaux. « Moi je ne parle pas du tout l’occitan, ni le patois local », tranche Yvon Deniel, un Breton natif de Paris, maire de Saint-Germain depuis 2008, mais présent dans le secteur depuis son mariage en 1962. « Lors de ma cérémonie des voeux, en janvier, j’ai terminé avec un petit mot en anglais, en allemand, en hollandais et en patois limousin ! »
Si le Confolentais se lance dans le panneautage bilingue, un peu plus à l’est, la communauté de communes de Haute-Charente n’est pas encore tout à fait sur la même longueur d’onde. « Nous avons débattu de tout ça, et personnellement je suis partant, à condition de mener ce chantier ensemble avec la communauté de communes du Confolentais, pour harmoniser les panneaux », note Christian Faubert. Pour autant, le « patron » de la CDC de Haute-Charente estime que le dossier n’est pas prioritaire : « Il y a plus urgent à régler. Je pense qu’il vaudrait mieux revoir la signalisation routière qui a été mise en place sur la 141 et la 951, avec tout ce que cela engendre comme nuisances pour les bourgs traversés de la 141. Parlez-en à Chabanais par exemple... »
« La signalisation routière et les panneaux bilingues sont deux questions différentes », répond à distance Michel Nicolas, le maire adjoint de Charras, ardent promoteur de la dictée en occitan organisée il y a quelques jours. « Charras a été pionnier en Charente, on a posé nos panneaux bilingues dès 2005. ça n’a presque rien coûté, 200 euros le panneau. 1.000 euros pour nos cinq panneaux, subventionnés à 25% par le Cercle limousin d’études occitanes. ça marque bien l’appartenance. Question de volonté politique. »
Allez, « Chabatz d’entrar ! » (1). (1) Expression de bienvenue qui accueillait le visiteur dans le Limousin. Traduction : « Finissez d’entrer ».
Charente occitane
C’est quoi la Charente occitane ? Réponse : historiquement, une vaste zone à l’est du département qui court du Confolentais au nord jusqu’à Aubeterre au sud (voir infographie). Avec pour limite oc-oïl une ligne qui passe par Champagne-Mouton, Saint-Claud, Montemboeuf, La Rochefoucauld, Villebois-Lavalette et Aubeterre.
Dans ce que l’on appelle la Charente limousine, toutes les communessont concernées sauf Le Bouchage et Vieux-Ruffec.
Dans le Ruffécois, Ventouse, Saint-Front, Valence, La Tâche, Saint-Ciers-sur-Bonnieure, Nanclars, Saint-Angeau, Saint-Amant- de-Bonnieure, Sainte-Colombe sont dans la zone occitane.
Plus au sud, en pays d’Horte- et-Tardoire, toutes les communes sont concernées sauf Garat, Dirac, Torsac, Fouquebrune, Charmant et Chavenat. Enfin, tout au sud, onze communes sont considérées comme occitanes : Saint-Amant, Salles-Lavalette, Palluaud, Montignac- le-Coq, Pillac, Nabinaud, Saint-Romain, Laprade, Aubeterre, Les Essards, Bonnes.
Soit au total pour la Charente, 126 communes sur 404 (31%)et quelque 71.000 habitants (20%) de la population charentaise).
A noter que tout au nord, dans la Vienne, sept communes du Montmorillonnais - Pressac, Availles-Limouzine, Millac, Luchapt, Asnières-sur-Blour, Mouterre- sur-Blourde, Coulonges - font également partie de la zone des parlers d’oc.
13.02.2010
Patrick SERVANT | p.servant@charentelibre.fr

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